LE CHEMIN

Klein aux Vieux Remparts, dès 1972
Lorsqu'on va chez les vignerons, il n'est vraiment pas rare de les entendre affirmer qu'en général les Belges connaissent bien le vin, parfois mieux que leurs propres compatriotes. Il faut dire que la Belgique n'est au départ pas un pays viticole, et que beaucoup de Belges sont nés avec une cave sous...
Je me vois enfant attendre des heures que mes parents finissent de déguster les vins dans la cave du Domaine Klein aux Vieux Remparts à Saint-Hippolyte, pour les voir en ressortir tout embrumés et heureux de la commande qu'ils venaient de charger dans le coffre.

Le pinot noir alsacien et "Connaitre et Choisir LE VIN", depuis 1995
Notre envie de faire du vin n'est pas nouvelle, et l'intérêt que nous lui portons en tant que buveur non plus. Même si notre tout premier rencard à Jade et moi, un soir d'hiver de 1996, fut arrosé de vodka Bison au Bizon, notre vie fut assez vite empivoinée par...
- ...un petit peu frais?
- Ok d'accord, un petit peu frais.
- À qui est-ce que je le fais déguster, à mosieu?
- Ah oui d'accord... (hum, goûte) parfait, merci.
Je choisis quoi sur cette carte de 40 pages, que dire à propos de cette bouteille sans passer pour un idiot, je suis à la fin de la bouteille et je réalise qu'il était bouchonné, est-ce que ça goûte bien ou pas, est-ce que je suis vraiment le seul à aimer ça, je sens bien que je passe à côté, oulà j'ai rien compris, etc...
"Pris au piège par les codes du vin conventionnel. Jusqu'à ce jour béni du printemps 2006 où nous fîmes la connaissance du vin naturel".

Le Vinolubile 2006, dédramatisation
C'est Marc Guillaume, ami et commerçant wavrien que nous croisons un jour dans la rue piétonne à l'heure du repas et dont nous acceptons l'invitation à l'accompagner dans le nouveau petit resto de ses deux jeunes potes, Romain Lecouvette et Matthieu Fontein. Romain nous reçoit, il nous explique la ...;
Les moments charnières sont discrets, ce n'est que des années plus tard qu'ils se laissent identifier.
Pour accompagner l'entrée de foie gras poché dans un bouillon aux agrumes, Romain nous propose le Cour-Cheverny de chez Tessier, et il nous en parle d'une façon tellement simple et transparente avant de le servir, que je savais exactement à quoi m'attendre en le goûtant.
C'est évident, je dois absolument comprendre tout de ça, et ne plus boire autre chose que des vins qui sont faits comme ça.
"pour apprendre le vin, pas besoin d'école, pars boire du vin avec les copains".

Laurent Mélotte: "Il est plus ou moins différent que le premier...?"
Laurent Mélotte était à peine à deux rencontres de notre tout premier nez dans un verre de vin nature.
Je devais trouver quelques rouges du Jura dans le cadre de cette formation en cuisine au CERIA que je suis de 2006 à 2009, et en particulier d'un cours d'œnologie que nous avions en seconde, avec une très gentille dame, qui remplaçait le titulaire absent et n'y connaissait absolument rien au vin, nous demandait donc de faire des présentations par...
Je devais trouver quelques rouges du Jura dans le cadre de cette formation en cuisine au CERIA que je suis de 2006 à 2009, et en particulier d'un cours d'œnologie que nous avions en deuxième année, avec une très gentille dame certes, qui remplaçait le titulaire absent, mais qui n'y connaissait absolument rien au vin, nous demandait donc de faire des présentations par groupe, par région, avec, bien sûr, les dégustations assorties, ce qui au final servait de cours. Mon groupe avait pioché le Jura.
C'était quelque part pendant l'hiver 2006/2007, l'Odyssée des Arômes, chez Laurent et Anne, dans leur salon qui lui servait de magasin. Je lui avais demandé ce qu'il avait comme rouges du Jura et il m'avait sorti deux bouteilles de chez Ganevat. Je me souviens, je ne mettais à ce moment-là que quelques euros pour une bouteille, j'avais été scandalisé par le prix exorbitant de ce poulsard et de ce trousseau dans les 15€ si je me souviens bien.
On est ravis aujourd'hui lorsqu'on peut en toucher un à 4 ou 5 fois ce prix.

Jérôme Guichard: "Gueule à fioul, t'es garé où?"
Au fil des ans, j'ai fini par éloigner les mains de la cire. Pourtant, j'en avais roulé, trempé, moulé des cierges et des bougies sous l'œil expert de Pierre, mon père. Je me suis progressivement éloigné de l'artisanat.
J'ai rencontré Jérôme à l'occasion d'un salon des vignerons de Leynes à la frontière de la Bourgogne et du Beaujolais. On s'est vite sentis confortables ensemble, et de fil en aiguille, il m'a pris de faire quelques...
Il est à portée de pensée à chaque moment, lorsque je réalise que nos vins sont faits comme lui fait les siens, à la main, que j'ai renoué avec l'artisanat. Jérôme, lui, te traite de gueule à fioul s'il te voit boire un truc conventionnel, et il te demande "t'es garé où" en cherchant ton verre du regard pour y verser de la bouteille qu'il a, dirait-on, toujours collée dans la main.
Jérôme m'a transmis son envie de transmettre. Avec lui j'ai compris qu'à chaque question posée, il y a toujours au moins deux réponses possibles qui en général s'opposent.

Lilian Bauchet, "non mais je m'en fous en fait"
C'est l'homme par qui la bête entre dans nos vies, par qui j'entends le mot «hybrides» pour la première fois. On se connaissait depuis 2015 lorsque nous vendions du vin dans notre magasin de bougies, et ses cuvées du Beaujolais notamment: l'Herbe Folle, sur la Root, Da Zi Bao, Barrique White ou Gun's and Rosé...
Nous voilà donc partis en excursion chez Servaas à Courtrai, chez Philippe Grafé à Emines, ou encore à Baulers au Domaine du Chapitre, goûter, comprendre. Sa décision était déjà prise avant ce voyage, il virerait tôt ou tard ses gamay pour les remplacer par des hybrides.
Et voilà poindre les vraies premières discussions avec ce type qui s'apprêtait à planter en toute illégalité ces 2 hybrides (autorisés 10 jours après sa plantation, 10 jours pendant lesquels il se sentit flibustier dans une mer de gamay), avec sa question majeure: quel intérêt je trouvais à l'idée de planter des variétés qu'il allait falloir assister dès le départ et pour toujours.
Mauvais calcul lors de sa commande, il finira par me fourrer de force dans le coffre les 150 pieds de souvignier gris excédentaires, en me disant, "tu trouveras bien un endroit où les planter".
Ils allaient trouver domicile dès le lendemain dans les jardins de quelques membres de la future association qui allaient accepter au chausse-pied ma proposition d'impropriation de leurs jardins, opération téléphonique que j'avais lancée pendant les 6 heures de route du retour: 50 chez Nathalie, 40 chez Patrice, 25 au potager de formation de Froidmont, etc...
Le dernier numéro finissait par ces mots:
Aujourd'hui Lilian ne cultive plus que des hybrides, en raisin de cuve et en raisin de table, il continue son travail de bénédictin pour réunir et digitaliser toute l'information existante au sujet des cépages résistants, il aime promener ses vins et, de façon générale et à propos de beaucoup de choses, il s'en fout en fait.

Éric Dubois, "plus on en sait, moins on en sait"
À son décès, en 1929, le Clos Cristal avait été légué aux hospices de Saumur par son créateur, Antoine Cristal, qui, pour embrasser le métier de viticulteur, avait revendu son business dans le textile. Une petite affaire qui allait devenir par la suite La Redoute — incroyable, cette histoire…